Le Cameroun a renforcé sa lutte contre les médicaments contrefaits en détruisant une nouvelle cargaison de produits pharmaceutiques falsifiés, illustrant les efforts continus du gouvernement pour freiner un marché illégal qui reste profondément enraciné.
Selon des informations locales, le 31 juillet, les autorités camerounaises ont incinéré à Bamenda, capitale de la région du Nord-Ouest, des médicaments contrefaits et illicites d’une valeur de 28,15 millions de francs CFA, soit environ 48 000 dollars, en présence de responsables administratifs, judiciaires, sanitaires et sécuritaires.
Les médicaments avaient été saisis au cours d’opérations menées par le Commissaire central de police de Bamenda, avant d’être examinés par le Comité régional de lutte contre les médicaments illicites et autres produits pharmaceutiques. Les autorités ont indiqué que les produits avaient été détruits conformément aux normes de santé publique et de protection de l’environnement, afin d’éviter leur remise en circulation.
Les autorités ont averti que les médicaments contrefaits, périmés ou distribués illégalement exposent les patients à des échecs thérapeutiques, des intoxications, une résistance aux antimicrobiens et, dans les cas les plus graves, à la mort.
L’opération de Bamenda est la dernière d’une série de campagnes de destruction menées au Cameroun ces dernières années. Des opérations similaires ont été organisées à Douala, Yaoundé, Garoua, Maroua, Bertoua et dans plusieurs régions frontalières où les médicaments contrefaits sont fréquemment introduits clandestinement par des circuits commerciaux informels.
Malgré ces interventions répétées, le volume de produits pharmaceutiques contrefaits entrant sur le marché reste important.
En novembre 2025, le ministre de la Santé publique avait annoncé que les autorités avaient saisi pour plus de 369 millions de francs CFA de médicaments contrefaits au cours des six premiers mois de l’année, ce qui laisse penser que les réseaux de trafic continuent d’opérer à grande échelle.
Auparavant, le Cameroun avait détruit près de 3 milliards de francs CFA de médicaments contrefaits à la suite d’importantes saisies réalisées en 2021, tandis que des poursuites judiciaires avaient été engagées contre plusieurs dizaines de trafiquants présumés. Pourtant, chaque nouvelle campagne de destruction a été suivie de nouvelles saisies, ce qui montre davantage la résilience des réseaux criminels que leur démantèlement.
Le défi auquel est confronté le Cameroun s’inscrit dans un problème beaucoup plus large à l’échelle mondiale.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 10,5 % des produits médicaux vendus dans les pays à revenu faible ou intermédiaire sont de qualité inférieure ou falsifiés, ce qui représenterait un marché criminel de plus de 30 milliards de dollars par an. Les médicaments contrefaits circulent principalement par les marchés informels, les chaînes d’approvisionnement clandestines et, de plus en plus, les plateformes en ligne. Les pays disposant de systèmes de contrôle plus faibles sont particulièrement touchés.
Au Cameroun, plusieurs facteurs structurels continuent d’alimenter ce commerce illégal : des frontières longues et poreuses, une surveillance insuffisante des corridors commerciaux, les profits élevés réalisés par les trafiquants et l’accès limité à des médicaments abordables. Pour de nombreux consommateurs, les médicaments vendus par des vendeurs de rue restent nettement moins chers que ceux proposés dans les pharmacies agréées, malgré les risques sanitaires importants.
Les experts de santé mettent en garde contre les médicaments falsifiés qui peuvent contenir peu ou pas de principe actif, des dosages incorrects ou même des substances toxiques. Outre les échecs thérapeutiques et les intoxications, ces produits contribuent également à la menace croissante de la résistance aux antimicrobiens en exposant les patients à des traitements inefficaces.
Les conséquences sanitaires dépassent largement le Cameroun.
Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le trafic de produits médicaux falsifiés ou de qualité inférieure dans le Sahel contribuerait à environ 270 000 décès par an, notamment chez des patients souffrant du paludisme et d’autres maladies infectieuses.
Le Cameroun a également connu plusieurs affaires importantes liées aux médicaments contrefaits ces dernières années. En juillet 2023, l’OMS avait émis une alerte mondiale concernant des lots toxiques de sirop Naturcold, contaminés au diéthylène glycol, détectés dans le pays et associés à la mort de plusieurs enfants.
Plus récemment, à la fin de l’année 2025, les autorités douanières camerounaises ont renforcé les contrôles aux frontières après des alertes d’Interpol et de l’OMS concernant des produits pharmaceutiques suspectés d’être falsifiés, commercialisés notamment sous les marques Coldrif, Respifresh TR et Relife.
Article de M. Ahmed Emam
