Questions d’étymologie: de l’origine du mot Douane

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Le douanier sait-il de quelle origine est le mot ‘douane’ ? Peut-être serait-il utile, intéressant, voire nécessaire de s’arrêter un instant et de remonter le temps, à la recherche de la source du mot qui fait de nous ce que nous sommes : la douane. Pendant qu’on y est, nous examinerons également la construction du mot ‘dédouaner’, notamment par rapport à son préfixe ‘dé-‘. Finalement, je me propose de vous présenter deux acronymes suisses directement reliés à la profession de douanier, à savoir ‘Tares’ et ‘DaziT’ (oui, il y a un T majuscule à la fin de ce mot – vous en saurez plus à la fin de cet article).

Dans la série de bandes dessinées ‘Iznogoud’ (parue entre 1962 et 1977), le tandem René Goscinny/Jean Tabary a représenté le calife fictif Haroun El Poussah qui dirige une Bagdad de fantaisie depuis un gros coussin moelleux. Loin d’être une caricature, il y eut en effet des califes qui se tenaient sur un large pouf rembourré, élégamment appuyés contre des traversins de soie, pour exercer leur pouvoir. Le nom traditionnel de ce meuble, lieu de pouvoir, est ‘dîwan’. On appelle d’ailleurs encore comme cela le siège du pouvoir dans le Sultanat d’Oman ; on retrouve également ce mot dans l’administration marocaine : le dīwān al-maẓālim. Mais revenons au mot persan ‘dîwan’ qui a généré deux mots : premièrement, par l’arabe ‘duwan’ puis le latin ‘dovana’ devenu ‘doana’ puis ‘dohanne’, on a forgé le mot ‘douane’ (ceci explique sans doute pourquoi on n’écrit pas ‘doine’). Deuxièmement, le mot persan de départ a simplement glissé pour donner ‘divan’, sofa sans dossier et garni de coussins, mot déjà cité en 1888 dans un conte de Guy de Maupassant. La douane (sorte de pouvoir) et le divan (meuble confortable) sont donc des mots cousins l’un de l’autre.

Rebondissons sur le mot ‘douane’ et posons la question de savoir pourquoi on dit ‘dédouaner une marchandise’. Le préfixe ‘dé-‘ a pour objectif d’associer une idée d’une seconde étape dans un processus, seconde étape annulant la première. On dit par exemple ‘monter/démonter’, ‘faire/défaire’ ou encore ‘gonfler/dégonfler’… Posons-nous la question de savoir s’il existe le verbe ‘douaner’ (première étape), puisque l’on peut ‘dédouaner’ (seconde étape). Une simple recherche sur l’Internet confirme l’existence de ce verbe rare et en donne une définition claire : le Centre National (français) de Ressources Textuelles et Lexicales précise ainsi que, selon le droit fiscal, douaner une marchandise signifie la marquer du plomb de l’administration. Douaner c’est, au sens premier, mettre un plomb, c’est donc placer une marchandise sous l’aile de la douane, la mettre sous contrôle douanier. Dédouaner correspond donc à l’action inverse, celle de retirer le plomb douanier, celle de délivrer la marchandise de l’emprise douanière qui la stoppe dans son cheminement vers un destinataire, c’est donc payer ce qui doit l’être pour que la douane libère ladite marchandise. Pour résumer en simplifiant, le bien qui passe une frontière est pris en otage (douanement), de manière légale et contrôlée, par une administration qui en a le droit, afin de recevoir une rançon en échange de sa libération (dédouanement). Ladite rançon, le droit de douane, est ensuite reversé à l’Etat pour lequel cette administration travaille.

On vient de voir que la douane prenait des droits de douane sur les marchandises qui entrent dans le pays, au profit de ce pays. En Suisse, contrairement aux autres États, nous calculons nos droits de douane sur la base du poids brut de la marchandise, c’est-à-dire en incluant tous les emballages. Nous basant sur le Système Harmonisé (voir l’édition de février 2019 et ma rencontre avec l’un des co-auteurs du S.H.), nous avons des tarifs fixés généralement en [CHF/kg brut]. Comme les volumes sont très importants, l’unité correcte de perception est [CHF/quintal brut], un quintal valant 100 [kg]. Notre tarif des douanes suisses, entièrement électronique, est un site Internet gratuit, www.tares.ch. Mais pourquoi ‘tares’ ? On pourrait penser qu’il est plein de tares… Ce n’est pas le cas puisqu’il s’agit de l’acronyme de tar(if) é(lectronique) s(uisse), tout simplement. Il est le correspondant à l’Européen Taric (tarif intra-communautaire).

Continuons notre promenade au pays des mots et, puisque nous avons survolé le passé, un passé digne des 1001 Nuits, découvert un mot du présent de la douane suisse, voyons un mot du futur à présent, un mot à l’orthographe particulière, ‘DaziT’. DaziT ? Ce mot est formé sur ‘dazi’, qui signifie ‘douane’ en rhéto-romanche (un obscur idiome de l’est de la Suisse, à mi-chemin entre l’allemand et l’italien) auquel on a rajouté le T de ‘transformation’. On y perçoit également le son ‘IT’, qui désigne de nos jours le domaine complexe des ‘Information Technologies’. Lancé officiellement le 1er janvier 2018, DaziT est un programme qui doit transformer l’actuelle douane suisse faite de papiers et de formulaires en une unité informatisée et la mener au-delà de la révolution 4.0. La révolution 4.0 ? Après la mécanisation, l’électrification et l’informatisation, la prochaine révolution voudra que les machines parleront entre elles et s’échangeront des informations. L’idée est de simplifier le dédouanement en numérisant tout le processus de perception des redevances douanières afin de protéger la population vivant en Suisse, l’économie et l’État. Le projet doit être complètement opérationnel en 2026. DaziT, that’s it !

Nicolas Beytrison
Douane suisse

Crédit photo Martin Péchy sur Unsplash

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Un commentaire

  1. Gérard Tessaud le

    Bravo et merci pour toutes ces explications très claires et qui apportent un éclairage opportun sur la terminologie douanière. Utilisateur fervent de tares au détriment de RITA pour des recherches de classement et accès aux notes explicatives, je suis persuadé que l’étape 4.0 sera certainement un grand succès technologique.

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